Il n’existe pas de seuil précis à partir duquel une difficulté psychologique nécessiterait de consulter. Contrairement à certains problèmes physiques, il n’y a pas de température à mesurer ou de résultat d’analyse permettant de déterminer qu’il est temps de prendre rendez-vous. Cette absence de repère conduit parfois à attendre longtemps. Tant que l’on continue à travailler, à s’occuper de ses enfants, à voir ses proches ou simplement à fonctionner au quotidien, ce que l’on traverse peut sembler insuffisamment grave pour justifier une consultation.
À l’inverse, toutes les périodes difficiles de la vie ne nécessitent pas une psychothérapie. Être triste après une séparation, anxieux avant un changement important ou déstabilisé par un conflit fait aussi partie de l’expérience humaine.
Alors, comment savoir quand consulter peut devenir utile ?
Il n’est pas nécessaire d’aller très mal
L’une des idées les plus répandues consiste à associer la consultation psychologique à une souffrance importante : dépression, traumatisme, crise majeure ou impossibilité de fonctionner normalement. Ce sont évidemment des raisons légitimes de consulter, mais elles sont loin d’être les seules.
Une difficulté peut mériter de l’attention bien avant d’être devenue insupportable. Une anxiété qui prend progressivement davantage de place, des relations qui reproduisent toujours les mêmes conflits, une estime de soi fragile ou une tendance à éviter certaines situations peuvent avoir un véritable impact sur la qualité de vie tout en permettant de continuer à fonctionner normalement. La question n’est donc pas uniquement de savoir si l’on arrive encore à faire ce que l’on doit faire. Il peut être tout aussi pertinent de se demander à quel prix on y arrive.
Lorsque la difficulté commence à prendre trop de place
Un indicateur utile est la place occupée par le problème dans la vie quotidienne.Une inquiétude ponctuelle n’est pas la même chose qu’une préoccupation qui revient plusieurs heures par jour. Un conflit occasionnel dans un couple n’a pas la même portée que la répétition du même scénario depuis plusieurs années. Une période de fatigue peut être normale ; vivre durablement avec le sentiment de devoir mobiliser toutes ses ressources simplement pour assurer le quotidien mérite davantage d’attention. L’intensité compte, mais aussi la durée et les conséquences. Le sommeil peut être perturbé. Certaines situations commencent à être évitées. Les relations deviennent plus difficiles. Le travail demande un effort disproportionné. Les pensées tournent en boucle. Le plaisir diminue. Une grande partie de l’énergie est consacrée à anticiper, contrôler, se rassurer ou tenter de ne pas ressentir certaines émotions.
La difficulté n’a pas besoin d’être spectaculaire pour devenir coûteuse.
Lorsque les mêmes situations se répètent
Il existe aussi des motifs de consultation qui ne ressemblent pas nécessairement à des symptômes. Certaines personnes constatent simplement qu’elles se retrouvent régulièrement dans les mêmes impasses. Les relations commencent différemment mais finissent de manière similaire. Il est très difficile de poser des limites. Une critique provoque systématiquement une remise en question importante. Chaque décision devient source de doute. Les besoins des autres passent presque automatiquement avant les siens. Une peur de l’échec conduit à travailler énormément, à procrastiner ou parfois à renoncer avant même d’essayer. On peut avoir parfaitement conscience de ces répétitions sans parvenir à les modifier.
Dans ce cas, la thérapie peut offrir un espace pour comprendre non seulement pourquoi un fonctionnement s’est construit, mais surtout ce qui continue à le maintenir aujourd’hui.
Lorsque les stratégies habituelles ne suffisent plus
Nous disposons tous de moyens pour traverser les périodes difficiles. Parler à un proche, prendre du recul, faire du sport, partir quelques jours, écrire, réfléchir seul ou simplement attendre que le temps fasse son travail peuvent être parfaitement suffisants. Consulter n’est pas automatiquement préférable à ces ressources.
Mais il arrive qu’elles cessent d’être efficaces. Les conversations avec les proches tournent autour des mêmes sujets sans apporter de soulagement durable. Les décisions prises ne tiennent que quelques jours. Une situation que l’on pensait avoir dépassée revient régulièrement. On sait parfois très bien ce qu’il « faudrait » faire sans parvenir à le faire. Le recours à un professionnel peut alors apporter quelque chose de différent : un espace extérieur à la vie personnelle, dans lequel il devient possible d’examiner plus précisément ce qui se joue et d’expérimenter d’autres manières de fonctionner.
Faut-il avoir un problème clairement identifié ?
Pas nécessairement.
Certaines personnes arrivent en consultation avec une demande très précise : une phobie, des crises d’angoisse, un deuil, un traumatisme ou une difficulté relationnelle. D’autres savent seulement que quelque chose ne va plus tout à fait. Elles peuvent se sentir plus irritables, moins enthousiastes, constamment sous tension ou avoir l’impression de fonctionner en pilote automatique. Parfois, la demande initiale tient simplement dans le sentiment de ne plus se reconnaître ou de ne pas comprendre pourquoi une période objectivement satisfaisante ne procure pas le bien-être attendu. Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà compris le problème pour consulter. Identifier ce qui pose difficulté peut justement faire partie du travail.
Consulter aussi dans les périodes de transition
Une thérapie n’intervient pas uniquement lorsqu’une situation s’est détériorée. Certaines étapes de vie viennent modifier profondément les repères : devenir parent, se séparer, changer de pays, perdre un proche, se marier, changer de carrière, traverser une maladie ou voir ses enfants quitter la maison. Même lorsqu’ils sont souhaiés, certains changements peuvent réveiller des peurs, remettre en question l’identité ou faire ressurgir des éléments plus anciens de l’histoire personnelle.
Demander un accompagnement dans ces périodes ne signifie pas être incapable de les traverser seul. Cela peut simplement permettre de mieux comprendre ce qu’elles viennent mobiliser.
Et parfois, une psychothérapie n’est pas nécessaire
Consulter un psychologue ne signifie pas nécessairement s’engager dans plusieurs années de thérapie. Quelques séances peuvent parfois permettre de clarifier une situation, de traverser une période particulière ou de repartir avec des pistes suffisantes pour continuer seul. Dans d’autres situations, un travail plus long sera pertinent. Il arrive également qu’après une première rencontre, la conclusion soit qu’une psychothérapie n’est pas particulièrement indiquée, ou qu’un autre professionnel serait plus adapté à la difficulté rencontrée.
L’objectif n’est pas de transformer chaque inconfort en problème psychologique à traiter. Une vie satisfaisante comporte aussi des périodes de doute, de tristesse, de stress et de conflit.
Alors, quand prendre rendez-vous ?
Il n’existe finalement pas de moment universellement « suffisamment grave ».
Quelques repères peuvent néanmoins aider : lorsqu’une difficulté persiste malgré les tentatives pour la résoudre, lorsqu’elle se répète sous différentes formes, lorsqu’elle commence à limiter certains choix ou lorsqu’elle demande une quantité croissante d’énergie pour continuer à fonctionner comme avant, il peut être pertinent d’en parler. Mais il existe un critère plus simple encore : avoir envie de mieux comprendre ce qui se passe et sentir qu’il devient difficile d’avancer seul.
Il n’est pas nécessaire d’attendre que la souffrance devienne intolérable pour qu’elle mérite d’être prise au sérieux. Consulter un psychologue peut parfois intervenir au moment où tout s’effondre. Mais cela peut aussi permettre, bien plus tôt, de comprendre pourquoi quelque chose commence à peser et d’éviter d’attendre qu’il prenne toute la place.